
Blépharospasme (myokymie) : les solutions chirurgicales
Les tremblements ou palpitations de l’œil sont assez courants et bénins pour un grand nombre d’entre nous. Ils sont en effet provoqués par une contraction furtive et ponctuelle du muscle orbiculaire qui reprend la majeure partie du temps sa place de façon spontanée. Lorsqu’ils deviennent répétés et potentiellement gênants au quotidien, on parle alors de blépharospasme. Découvrons comment se caractérise cette pathologie, en quoi elle se distingue de la simple myokymie (le tressautement passager de la paupière), et les solutions, médicales comme chirurgicales, permettant d’agir sur les paupières afin de traiter cet inconfort.
Sommaire
Qu’est-ce que le blépharospasme ?
Le blépharospasme est un trouble neuromusculaire qui se caractérise par des contractions involontaires et répétées des muscles des paupières. Ces contractions peuvent se produire notamment au niveau du muscle orbiculaire et du muscle frontal. Elles peuvent être localisées uniquement sur une face du visage (spasme hémifacial) ou sur les 2 faces. La maladie peut se limiter aux paupières ou s’étendre (plus rarement) à d’autres muscles du visage.
Cette pathologie de l’œil est le plus souvent bénigne (on parle de blépharospasme essentiel) même si elle peut également évoluer, dans de rares cas, vers des formes plus sévères (extrêmes difficultés à ouvrir l’œil, lésions cérébrales voire dans le pire des cas Maladie de Parkinson). Elle peut toutefois se révéler handicapante au quotidien, notamment au niveau des interactions sociales et nécessiter un traitement (chirurgical ou non selon l’ampleur et la répétitivité des contractions).
Le blépharospasme ne doit pas être confondu avec la myokymie orbiculaire, un simple tressautement bénin de la paupière qui présente des symptômes voisins (fasciculations, crispation de l’orbiculaire) mais nettement plus légers, moins répétés et temporaires. Contrairement au blépharospasme, la myokymie ne nécessite aucune chirurgie et disparaît généralement d’elle-même : nous lui consacrons la section ci-dessous.
Myokymie : le tremblement bénin de la paupière (à distinguer du blépharospasme)
La myokymie (ou myokymie oculaire, myokymie palpébrale) désigne ce petit tremblement involontaire de la paupière que presque tout le monde a déjà ressenti : la paupière inférieure, plus souvent que la supérieure, « saute » ou vibre pendant quelques secondes à quelques minutes. C’est une contraction bénigne et passagère du muscle orbiculaire, sans gravité et sans conséquence pour la vue, qui n’a rien à voir avec la chronicité et la sévérité du blépharospasme.
Pourquoi la paupière (ou l’œil) tremble-t-elle ?
Les causes de la myokymie sont presque toujours liées à l’hygiène de vie plutôt qu’à une maladie. Les facteurs déclenchants les plus fréquents sont :
- la fatigue et le manque de sommeil ;
- le stress et l’anxiété ;
- un excès de caféine, de thé ou d’autres stimulants ;
- la fatigue oculaire, notamment devant les écrans, ainsi que la sécheresse de l’œil ;
- une éventuelle carence en magnésium ou un déséquilibre en minéraux (potassium), souvent associés à la fatigue ;
- la déshydratation et une consommation excessive d’alcool.
Combien de temps dure une myokymie et est-elle grave ?
La myokymie est bénigne : elle ne menace pas la vision et n’est, dans l’immense majorité des cas, le signe d’aucune maladie. Les épisodes vont et viennent, durent de quelques secondes à quelques heures et finissent généralement par disparaître spontanément en quelques jours, une fois la cause (fatigue, stress, excès de café) corrigée. Il n’y a donc pas lieu de s’inquiéter d’un œil qui tremble de façon ponctuelle.
Myokymie, fasciculation ou myokymie généralisée ?
On confond souvent la myokymie avec la fasciculation : la fasciculation est la contraction isolée d’une petite unité musculaire, tandis que la myokymie correspond à des ondulations fines et continues du muscle. Lorsque ces tressautements touchent d’autres muscles que la paupière (mollet, cuisse, bras…), on parle de myokymie généralisée ou « dans tout le corps » ; elle reste le plus souvent bénigne et liée à la fatigue, mais une forme persistante ou diffuse mérite un avis médical pour écarter une cause neurologique.
Comment arrêter une myokymie ?
La myokymie ne se « traite » pas à proprement parler : il suffit le plus souvent d’agir sur ses déclencheurs. Quelques mesures simples suffisent généralement à faire cesser le tremblement :
- dormir suffisamment et réduire la fatigue ;
- diminuer la caféine et les excitants ;
- gérer le stress (relaxation, pauses, activité physique) ;
- reposer les yeux, faire des pauses devant les écrans et corriger une éventuelle sécheresse oculaire avec des larmes artificielles ;
- veiller à une bonne hydratation et à des apports suffisants en magnésium via l’alimentation.
Myokymie : quand faut-il consulter ?
Un avis médical est justifié lorsque le tremblement persiste au-delà de deux à trois semaines, qu’il se répète très fréquemment, qu’il s’étend à d’autres muscles du visage (autour de la bouche, hémispasme facial) ou s’accompagne d’une fermeture forcée de l’œil, d’une chute de la paupière, d’une rougeur ou d’autres symptômes. Ces situations peuvent en effet correspondre au début d’un véritable blépharospasme ou d’un spasme hémifacial, qui relèvent alors d’une prise en charge spécialisée.
Le diagnostic du blépharospasme
Le diagnostic de la maladie est le plus souvent posé par un neuro-ophtalmologue ou un oculoplaste à partir d’une observation clinique qui laisse apparaître des tremblements ou des clignements d’un œil (voire des deux yeux) ainsi que des spasmes au niveau des paupières (fasciculations). Il repose également sur les déclarations des patients qui éprouvent cependant parfois des difficultés à décrire précisément leur inconfort. L’utilisation d’une lampe à fente ou le recours à des examens radiologiques peuvent également être utilisés pour caractériser l’anomalie mais aussi exclure toute autre pathologie neurologique potentielle.
Blépharospasme : symptômes et formes de la maladie
La pathologie de blépharospasme peut prendre différentes formes selon les individus et se manifester par des symptômes variables (le plus souvent relativement bénins) à savoir :
- un abaissement du sourcil provoqué par les contractions du muscle orbiculaire : on parle de dystonie faciale ;
- une très grande difficulté à ouvrir les paupières (dystonie focale de l’orbiculaire prétarsal) ;
- une sécheresse oculaire (syndrome de l’oeil sec) pouvant s’accompagner d’irritations ;
- une fatigue oculaire et des paupières lourdes (notamment devant les écrans) ainsi qu’une hypersensibilité à la lumière (photophobie) ;
- des difficultés à garder les yeux ouverts ;
- des contractions des paupières localisées sur une seule face du visage : on parle d’hémispasme facial ;
- des tressautements de la paupière qui s’étendent à d’autres parties du corps (sourcils, bouche, cou) : c’est le syndrome de Meige ;
- un blépharospasme secondaire où le tressautement des paupières n’est qu’un symptôme parmi d’autres plus importants potentiellement liés à une maladie neurologique (lésions cérébrales, maladie de Parkinson). Il s’agit alors d’une dystonie généralisée.
Les causes du tremblement des paupières
Les causes du blépharospasme sont encore relativement méconnues et incertaines. Contrairement à la simple myokymie, il ne s’agit pas d’une carence en vitamine ou en magnésium : le blépharospasme essentiel est une dystonie d’origine neurologique. Le tremblement des paupières semble principalement lié à un conflit entre une artère et un nerf, une petite branche de l’artère cérébrale (artère cérébelleuse) venant comprimer le nerf facial. Ces spasmes et tremblements peuvent toutefois être renforcés par des facteurs extérieurs comme notamment :
- le stress ;
- l’excès de caféine ou de produits stimulants ;
- une irritation de la cornée liée notamment à une sécheresse oculaire ;
- une prédisposition génétique (hérédité) ;
- l’âge : le blépharospasme touche plus fréquemment les personnes de 50 ans et plus.
Les différentes solutions de traitement du blépharospasme
La médecine esthétique est le traitement privilégié pour faire face à un blépharospasme essentiel même si des interventions chirurgicales au niveau et autour des paupières peuvent parfois se révéler nécessaires. Le traitement est généralement pratiqué par un ophtalmologue en raison des risques de la statique palpébrale.
Les injections de botox au niveau des paupières par un ophtalmologiste
Les injections de toxine botulique au niveau des paupières constituent le traitement de référence du blépharospasme. Si elles ne traitent pas les causes des tremblements qui restent difficiles à identifier, elles permettent de paralyser le muscle orbiculaire et de réduire significativement les spasmes musculaires. Elles sont réalisées à l’aide de fines aiguilles au niveau des paupières afin de bloquer la transmission de l’influx nerveux vers les muscles responsables de la contraction.
Les injections de botox sont atraumatiques et ne durent que quelques minutes sans hospitalisation ni anesthésie nécessaire. Elles sont efficaces pour une grande majorité de patients atteints de blépharospasme et ne présentent pratiquement pas d’effet secondaire malgré quelques consignes post-intervention à respecter (position allongée à proscrire pendant quelques heures après l’injection notamment).
L’efficacité de ces injections de botox est toutefois temporaire et celles-ci doivent être renouvelées tous les 3 à 6 mois pour éviter une réapparition des contractions au niveau des paupières.
Des indications complémentaires aux injections de botox
Parallèlement aux injections de botox, certains surplus médicamenteux peuvent également être prodigués aux patients en complément même si leur efficacité reste souvent limitée. Il s’agit notamment des benzodiazépines (pour le relâchement du système nerveux), des myorelaxants (relaxants musculaires), des antispasmodiques (pour limiter la transmission nerveuse) ou encore des anticholinergiques (pour réguler la jonction neuromusculaire).
L’application régulière de collyre pour maintenir les yeux hydratés ainsi que des exercices de relaxation et de gestion du stress peuvent également aider à limiter les tremblements des paupières dans le cas d’un blépharospasme essentiel.
La chirurgie de blépharospasme
Lorsque les contractions résistent aux injections de botox, la chirurgie de blépharospasme au niveau des paupières doit être envisagée pour mettre fin à cet inconfort oculaire.
La myectomie
La myectomie consiste à retirer une partie des muscles à l’origine des tremblements de l’œil (exérèse musculaire) soit via la paupière soit via le sourcil. Réalisée en clinique sous anesthésie locale (et éventuellement neurolepanesthésie), l’intervention consiste notamment à exciser les muscles orbiculaires (orbiculectomie) et potentiellement les muscles corrugateurs (muscles horizontaux au niveau de la ride du lion) et procerus (muscles verticaux entre les sourcils).
La myectomie a alors pour objectif de diminuer la masse musculaire pouvant se contracter et donc de minimiser l’impact des spasmes. L’ablation des muscles orbiculaires peut également être totale pour les cas les plus handicapants. Elle est conduite avec la même rigueur que les autres gestes de chirurgie des paupières, en préservant autant que possible la statique palpébrale.
La suspension des paupières
La suspension des paupières consiste à poser des bandelettes de matériau synthétique (ou plus rarement de tissus du patient) sous la peau afin d’unifier le muscle frontal avec la paupière ou se produisent les spasmes. L’unification permet au muscle frontal (qui est plus fort) de retenir la paupière tombante et d’éviter ainsi le spasme. Cette intervention est toutefois peu pratiquée notamment du fait de sa lourdeur. Elle est utilisée dans les cas particulièrement handicapants notamment en cas de paupière excessivement tombante (ptosis) ou en présence d’une paralysie de la paupière.
La décompression microvasculaire
La décompression microvasculaire consiste à libérer le nerf facial lorsqu’il subit une compression répétée par une artère ou une veine du tronc cérébral. Cette technique qui se rapporte plutôt à la neurochirurgie s’applique uniquement dans les cas de spasme hémifacial c’est-à-dire lorsque les tressautements ne se limitent pas à la paupière mais atteignent un côté entier du visage. Elle est réalisée sous anesthésie générale.
Traitement du blépharospasme : quels résultats attendre ?
Les résultats du traitement du blépharospasme sont généralement satisfaisants pour les patients, leur permettant de réduire les clignements d’œil voire de faire disparaître totalement les tremblements des paupières.
Dans le cas des injections de botox, l’amélioration est notable pour 85 à 90 % des patients avec 50 % d’entre eux qui peuvent retrouver une vie tout à fait normale sans aucun signe de tremblements. Les premiers résultats apparaissent après 3 à 4 jours et deviennent particulièrement tangibles au bout d’une dizaine de jours, une fois l’œdème de la paupière résorbé. Ils sont durables pendant 3 à 6 mois selon les profils et doivent être renouvelés ensuite pour maintenir la paralysie des muscles responsables des spasmes.
Lorsque les injections de toxine botulique ne produisent pas l’effet escompté, c’est le traitement de myectomie qui est privilégié pour traiter le blépharospasme essentiel. L’intervention chirurgicale permet alors d’améliorer la situation de la grande majorité des patients (75 % ). Environ 40 % d’entre eux peuvent même retrouver une vie sociale tout à fait normale sans aucune gêne au niveau des paupières.
Questions fréquentes
Le blépharospasme est-il dû à une carence en magnésium ou en vitamine ?+
Non. Une carence en magnésium ou la fatigue peuvent favoriser une simple myokymie (tressautement passager de la paupière), mais le blépharospasme essentiel est une dystonie d’origine neurologique : il n’est pas provoqué par un manque de vitamine. Combler une carence peut apaiser un œil qui tremble par fatigue, sans pour autant traiter un véritable blépharospasme.
Le blépharospasme est-il un signe de la maladie de Parkinson ?+
Dans la très grande majorité des cas, le blépharospasme essentiel est isolé et bénin. Plus rarement, un blépharospasme peut s’inscrire dans une dystonie plus large ou accompagner une maladie neurologique comme la maladie de Parkinson. Seul un bilan médical permet de faire la part des choses ; c’est pourquoi un blépharospasme persistant justifie un avis spécialisé.
Le blépharospasme peut-il disparaître tout seul ?+
Contrairement à la myokymie, qui régresse spontanément, le blépharospasme essentiel est une affection chronique qui a tendance à persister. Sa prise en charge, principalement par injections de toxine botulique renouvelées, permet néanmoins de contrôler durablement les spasmes et de retrouver un confort de vie satisfaisant.
Quel médecin consulter en cas de tremblement des paupières ?+
Pour un tremblement passager, le médecin traitant ou l’ophtalmologue suffisent. Devant un blépharospasme installé, la prise en charge associe ophtalmologue, neurologue et, lorsque la chirurgie est envisagée, un chirurgien expérimenté dans la chirurgie des paupières.
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